PREMIER OBJECTIF : ENRAYER LA BAISSE DES VENTES

Le nouveau président de la fpi revient sur les résultats de la filière et commente les premières mesures du gouvernement, dispositif duflot en tête.

COMMENT SE PORTE LE SECTEUR DU NEUF EN TERMES DE VENTES ?

François Payelle : Les ventes ont reculé au troisième trimestre 2012 de 31 % comparativement à la même période en 2011. Globalement, sur les neuf premiers mois de l'année, le recul des ventes a été de 27 % entre 2011 et 2012. Ce qui nous conduit à revoir notre prévision d'atterrissage à la baisse. Pour mémoire, en 2011, nous avions commercialisé au détail un peu plus de 103 300 logements. En 2012, nous serons entre 68 000 et 72 000. En ce qui concerne les mises en chantier, la situation n'est guère plus reluisante : les chiffres du ministère du Logement indiquent qu'elles sont en retrait de près de 18 %, pour atteindre un des niveaux les plus bas depuis 1998 ou 1999. Nous sommes dans une branche d'activité extraordinairement perturbée, source d'une vraie inquiétude de la part des promoteurs, qui vivent cette situation comme une sorte d'autocensure.

QUELLES SONT LES PISTES POUR RELANCER LE SECTEUR ?

F. P. : Il faut tout d'abord distinguer deux grands sous-ensembles. D'une part, une baisse de 7 % sur ce que nous appelons l'accession à la propriété, c'est-à-dire la vente à l'occupant. C'est un recul certes significatif, mais assez stable sur l'année, qui n'explique pas la profondeur de la baisse. D'autre part, les investisseurs sont en retrait de 48 % au troisième trimestre, et de 45 % depuis le début de l'année. Ce qui est pratiquement divisé par deux...

COMMENT ENRAYER CETTE CHUTE ?

F. P. : Dans un premier temps, il faut faire baisser les prix. Aujourd'hui, les logements sont trop chers. S'agissant du neuf, le coût de revient est trop élevé. Il est lié à deux grands facteurs : le prix du foncier et celui de la construction. Pour le foncier, il nous semble essentiel de développer l'offre. Nous sommes dans un mécanisme classique de rareté. La mobilisation des terrains publics est donc une bonne chose, comme l'évolution de la fiscalité des personnes privées qui détiennent des terrains constructibles. Il faudrait aussi que les collectivités locales qui maîtrisent les PLU mobilisent plus vite les terrains, notamment les zones AU constructibles sur décision des collectivités. Car si les élus ne peuvent pas appuyer la démarche des promoteurs, l'effort sera vain.

QUE PENSEZ-VOUS DE L'OBJECTIF GOUVERNEMENTAL DE CONSTRUIRE 500 000 LOGEMENTS PAR AN ?

F. P. : Cet avis était assez globalement partagé par tous les candidats à la présidentielle. Le retard de logements existants sur le marché est évalué, selon les analystes, entre 600 000 et 1,2 million. On sait qu'il faut produire 400 000 logements par an, tous segments confondus : accession, locatif, locatif libre, locatif social, etc. Si on veut rattraper le retard, il faut en produire plus. L'objectif de François Hollande correspond bien à la réalité de la demande et du besoin. La difficulté, c'est qu'il y a une inflexion très préoccupante des ventes, en particulier en 2012, qui vont atterrir autour de 70 000 logements, avec un recul de plus de 30 000 logements par rapport à 2011. Globalement, nous allons passer de 400 000 à 300 000 logements par an. Ensuite, nous allons essayer de remonter à 400 000, puis à 500 000.

QUELS SONT LES LEVIERS PERMETTANT DE MAÎTRISER LES COÛTS DE CONSTRUCTION ?

F. P. : Avant de les faire baisser, nous allons déjà les stabiliser. Nous demandons un moratoire sur les normes techniques en France, sur tous les sujets. On construit beaucoup mieux qu'il y a quinze ou vingt ans, et c'est tant mieux. Mais on rajoute en permanence de nouvelles normes sans en retirer de plus anciennes qui ne sont plus adaptées. Une hausse d'1,5 % sur certains postes, cela donne 20 à 25 % de surcoût technique au bout de quinze ans, dont une partie n'est plus légitime. Nous allons mesurer la pertinence de tout ce qui a été réalisé depuis vingt ans, avec un vrai retour d'expérience à la clé.

VOTRE AVIS SUR LE DISPOSITIF DUFLOT ?

F. P. : Son principe, qui cible le locatif intermédiaire, nous va très bien. Il faut absolument qu'un dispositif continue à inciter les ménages privés à investir dans le logement pour une raison très simple : près de 30 % de cet investissement est réalisé par eux. Dans une période où il faut absolument produire plus de logements, il est vital de maintenir les canaux de financement existants. Pour 2013, le premier objectif est d'enrayer la baisse des ventes, et c'est celui que s'est fixé le gouvernement avec le dispositif Duflot.

FRANÇOIS PAYELLE, PRÉSIDENT DE LA FÉDÉRATION DES PROMOTEURS IMMOBILIERS (FPI)

Son parcours
1958 : naissance à Nancy (Meurthe-et-Moselle).
1987 : rejoint le promoteur immobilier Helvim, où il sera successivement directeur des programmes, directeur régional, directeur général d'Helvim et directeur général adjoint de Sofap-Helvim.
1997 : directeur des activités immobilières de la Chambre syndicale des sociétés anonymes de crédit immobilier.
2002 : directeur général adjoint du Crédit immobilier de France.
2007 : directeur général de Provicis immobilier, actionnaire et coordinateur des pôles immobiliers régionaux des Sociétés anonymes coopératives d'intérêt collectif pour l'accession à la propriété (Sacicap).
2009 : membre du bureau de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI).
2012 : élu en février président de la FPI.

Posté le 20/01/2012