LA CONSTRUCTION NE S'EST PAS ADAPTÉE AUX CHANGEMENTS

Marc Pietri, depuis près de quarante ans à la tête de Constructa, premier groupe français indépendant de services immobiliers, appelle à une véritable politique du logement.

Vous venez de recevoir le prix « Pierre d'or » du manager de l'année. Que signifie cette récompense pour vous ?

Marc Pietri : Je suis très heureux que notre société familiale soit désormais reconnue par ses pairs. Je pense que ce qui a été récompensé, c'est notre longévité, notre ténacité et une certaine vision du marché qui nous a permis d'être toujours à l'avant-garde.



Et quel est votre diagnostic du marché actuel ?

M. P. : Depuis 1995, le logement est sous EPO, dopé par les produits défiscalisés. Mais les produits de résidence principale et de primo-accession sont négligés car plus durs, plus longs et plus complexes à mettre en oeuvre. Aucun des gouvernements successifs n'a apporté de réponse de fond à ce problème. Aucune véritable politique du logement n'a été mise en place. Maintenant, les aides fiscales ont été réduites et les différentes mesures qui se sont succédées font que plus personne ne s'y retrouve. Sous couvert de simplifier les mises en oeuvre, on n'a fait que multiplier les obstacles. Les recours sont toujours d'actualité. Les conditions bancaires et financières sont telles que beaucoup d'opérations de promotion ne vont pas jusqu'au bout. Enfin, les banques ont arrêté de prêter aux acquéreurs, à l'exception du Crédit Foncier, toujours fidèle au poste, comme aux promoteurs obligés de trouver d'autres solutions pour financer leurs activités. Sur notre opération de Montfermeil, par exemple, on a 42 % d'annulation pour refus de crédit. C'est pourtant le moment de donner un coup de pouce à l'accession ! Toutes ces conditions font que l'immobilier de logement souffre.



Vous êtes critique à l'égard de la loi Alur ?

M. P. : Cette loi a alourdi tout le dispositif. On ne peut pas créer une société dans la méfiance, dresser les uns contre les autres. Tous les acteurs immobiliers ne sont pas à mettre sous contrôle, loin de là. En France, le secteur est composé d'une grande majorité de personnes compétentes et efficaces et de très bons professionnels.



Alors que faire pour améliorer la situation ?

M. P. : Avoir une vraie politique du logement, qui s'attache en priorité à la primo-accession. Il faut tenir compte du fait que 80 % des familles françaises ont un revenu inférieur à 50 000 euros par an. Il faut repenser totalement la gouvernance du logement, son financement, raccourcir les délais, réduire les recours et les normes...



Le gouvernement a entamé ce chantier de simplification des normes...

M. P. : Les normes sont très contraignantes, mais c'est un élément parmi d'autres. Ce qu'il faut, c'est repenser l'acte de bâtir. Révolutionner les process, c'est le principal enjeu. Et tout le monde doit s'y mettre car le logement, c'est l'affaire de tous, le produit de toute une série d'actions et d'acteurs qui doivent travailler ensemble.



Réduire les coûts, est-ce vraiment possible ?

M. P. : J'en suis convaincu. Constructa est partenaire du projet Primea qui a pour ambition de réduire les prix de 20 à 25 %. La problématique est simple, mais personne ne veut la regarder. Aujourd'hui, l'immobilier est comparable à l'industrie automobile américaine des années 1980 : c'est gros, c'est cher, et c'est difficile à mettre en oeuvre. La construction ne s'est pas adaptée aux changements, tels que le numérique. Quelle que soit la qualité des entreprises, un chantier est toujours géré à l'ancienne. Il faut rationaliser l'organisation et la mise en oeuvre des chantiers. C'est une révolution à faire aussi dans les esprits.



Pourtant, vous êtes optimiste ?

M. P. : C'est vrai. Finalement, la dureté de la crise fait que tout le monde cherche des solutions pour faire baisser les prix. Il faudrait retrouver le système d'incitations vertueuses qui avait cours il y a une quarantaine d'années : le Crédit Foncier prêtait sous conditions mais il accompagnait aussi les gens. Le logement social était alors une priorité nationale et c'est pour cela qu'il était noble. Maintenant, ce n'est plus le cas. Il faut changer de paradigme, mener une vraie réflexion, rétablir un climat de confiance entre les acteurs et que tout le monde fasse un effort pour relancer la machine.

Marc Pietri,
Pdg du groupe Constructa
www.constructa.fr



Son parcours.

1946 : naissance au Maroc.
1985 : rachète, avec ses associés, 85 % du capital de Constructa Vente, où il exerce déjà depuis dix ans.
1986 : devient le président directeur général du groupe Constructa.
1988 : actionnaire majoritaire du groupe Constructa, qui s'implante à Paris.
1989 : crée une filiale à Miami (USA).
2000 : crée la filiale Constructa Asset Management, qui gère aujourd'hui cent soixante-dix immeubles.
2014 : reçoit le prix « Pierres d'or » du manager de l'année 2014.


Posté le 13/11/2014