Comment mieux respirer dans nos logements ?

demain nos logements

Nous passons en moyenne 80% de notre temps dans des intérieurs clos... et ces derniers sont souvent plus pollués que l'air extérieur! Comment mesurer la qualité de l'air chez nous et s'assurer de son amélioration ? Un livre, "Demain nos logements et autres lieux de vie", fait le point.

 

Selon un rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 48.000 Français meurent tous les ans à cause des polluants présents chez eux ou sur leur lieu de travail. Les sources de cette pollution sont multiples et parfois difficilement identifiables: peintures, colles, humidité, appareils de combustion, matériau de construction, meubles ou encore activités humaines (nettoyage, tabagisme, désodorisants…)

Des dangers qu'on ignore...

Nous  soupçonnons rarement les dangers qui flottent dans l'air de nos "home sweet home"; on s'y sent bien et en sécurité, et pourtant... l'air intérieur peut se révéler plus pollué que l'air extérieur, et s'avérer responsable de maux de tête récurrents, excès de fatigue, irritation des yeux, du nez, de la gorge et de la peau, vertiges ou allergies comme l’asthme. Des pathologies plus graves comme certains cancers peuvent aussi trouver leurs causes dans les polluants de l'air intérieur. Un nouveau métier voit même actuellement le jour, appuyé par les pouvoirs publics : celui de conseiller en environnement intérieur ! Intervenant généralement sur prescription médicale, ce conseiller est chargé d’identifier les diverses sources d’allergènes et de polluants au domicile de personnes souffrant de maladies respiratoires ou allergiques. Car ce n'est pas si simple...

Débusquer les substances nocives

« Nous recherchons tous un logement économe, adapté, connecté, exempt de toute pollution… Mais comment connaître nos lieux de vie ? » s'interroge Yannick Ainouche, Pdg du réseau de diagnostic immobilier Ex'Im et auteur du récent ouvrage « Demain nos logements et autres lieux de vie » (disponible sur Amazon et à la Fnac, 15 euros) Ce livre a pour ambition d'informer les particuliers, mais aussi les bailleurs et les élus, sur leurs obligations et leurs moyens d'actions, afin que chacun puisse agir sur son quotidien.. et sur l'air qu'il respire !
« Le sujet est vaste, on sait aujourd’hui que la pollution de l’air intérieur ne se cantonne pas à quelques substances chimiques plus ou moins cancérogènes, explique l'auteur. Juste pour se faire une petite idée : dans une étude de 2015, l’Anses s’est intéressée aux produits d’ameublement et de décoration en prélude à une évolution de la réglementation. Résultat des courses : au moins 661 substances répertoriées, dont 31 substances nocives et classées CMR (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques) ! » De son côté, depuis sa création au début des années 2000, l’Observatoire pour la qualité de l’air intérieur (Oqai) a répertorié plus d’un millier de substances ou mélanges de substances potentiellement présents dans l’environnement intérieur, hiérarchisés en fonction de leur toxicité à court et long terme, et de leur fréquence dans le logement. Selon une étude récente de cet observatoire, 32 composés sur 48 substances recherchées ont été détectés dans plus des deux-tiers des logements (67%). Et dans l’air, 35 des 66 substances recherchées  étaient présentes dans plus d’un logement sur deux (53%). Certains polluants seraient même omniprésents comme les phtalates (plastiques souples) et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), résidus de combustion, détectés dans quasiment tous les logements, à la fois dans l’air et dans les poussières.*

Vers un diagnostic ventilation ?

Dans son livre, Yannick Ainouche distingue deux sortes de polluants : ceux qu’on connaît plus ou moins bien, ciblés par une réglementation spécifique parfois de longue date (amiante, légionelles, radon, plomb...) et ceux aux noms encore obscurs : formaldéhydes, COV (composés organiques volatiles), benzène, toluène et autres... Pour cette deuxième catégorie, la réglementation reste balbutiante. Si un plan d'actions sur la qualité de l'air intérieur a récemment été mis en place, avec dès cette année l'obligation d'un diagnostic pour les écoles primaires, les maternelles et les crèches, l'idée d'un diagnostic sur la qualité de l’air intérieur, à instaurer dans l'habitat individuel, semble avoir du mal à s'imposer. « Tout simplement parce que les sources de pollutions sont variées et proviennent aussi bien de l’habitat que de son mobilier, de la décoration, des habitudes des occupants. Un tel diagnostic lors de la transaction/location n’aurait aucun sens », explique Yannick Ainouche. Cependant, un contrôle pourrait être plus opportun dans le cadre de la rénovation énergétique des bâtiments. « Un test d’étanchéité du réseau aéraulique, en plus du test d’infiltrométrie, est déjà exigé pour l’obtention du label Bepos Effinergie, et on peut présumer qu’un tel test sera également repris dans la prochaine RE 2020. Dans l’ancien également, il existe une réflexion sur un diagnostic ventilation. Dans un rapport publié à l’automne 2016, l’Anses recommandait ainsi aux pouvoirs publics la mise en place d’un « contrôle périodique de l’efficacité de la ventilation » qui vérifierait l’état des grilles, le fonctionnement, la valeur des débits… » Un tel contrôle pourrait alors s'ajouter aux DPE, lors des transactions immobilières.
A noter aussi qu'un nouveau label vient d'être créé pour les logements neufs : fruit d’une réflexion collective menée entre pouvoirs publics, opérateurs privés et citoyens, ce label INTAIRIEUR a été lancé en novembre 2017, avec pour objectif de « permettre à chacun de choisir son logement avec la certitude que tout a été mis en œuvre pour préserver la qualité de l’air intérieur. »

Des mesures simples de prévention

En attendant, l'auteur donne quelques conseils pour diagnostiquer et renouveler son air intérieur très simplement. « Mesurer les concentrations des principaux polluants chez soi est désormais à la portée de quiconque », assure-t-il, tout en mettant en garde contre les "kits de détection" parfois fantaisistes qu'on trouve sur ce marché non réglementé. L’association UFC-Que Choisir a déjà pointé le manque de pertinence de certains kits, en raison de seuils de détection trop indulgents. Mais vous pouvez aussi vérifier la qualité de votre air intérieur en faisant le quizz en ligne Un bon air chez moi,  mis en place par le ministère de l'Environnement, pour appréhender les sources de pollution dans nos intérieurs*. Toutes vérifications faites, n'oubliez pas cependant que la meilleure arme reste... la prévention : d'abord, limiter les sources de pollution comme le tabagisme, le feu de cheminée ouverte, les bougies ou l'encens; ensuite, vérifier l’étiquetage des produits de construction et d’ameublement, préférer les produits d'entretien estampillés "verts", entretenir périodiquement sa VMC et sa chaudière, et bien sûr, le B.A BA : "aérer, aérer, aérer ! Dix à quinze minutes par jour, en créant un courant d’air, pour assurer un renouvellement !"

Brigitte Valotto

 

* www.oqai.fr le site de  l’Observatoire de la QAI

* www.unbonairchezmoi. developpement-durable. gouv.fr/ quizz en ligne du ministère pour appréhender les sources de pollution chez soi

 

 

 

 

Posté le 15/05/2018